Entre l’encre et le papier


J’écris dans un journal intime depuis toujours ou presque. Au tout début, en 1985 plus exactement, j’avais seulement 6 ans, l’écriture pour moi étais encore un art en devenir. Mes petites mains n’arrivaient pas encore tout à fait à glisser des formes lisibles sur le papier alors c’est les mots des mains de ma maman qui noircissaient les premières entrées dans mon journal.

Sans le savoir, ma mère me faisait alors le plus beau des cadeaux. Elle me donnait l’amour des mots et rendait aussi son souvenir éternel en immortalisant sa belle main d’encre sur papier.  Je n’étais que toute petite fille, mais pourtant je me rappelle encore distinctement des fins de journées assise à ses côtés sur le bord du lit à baldaquin bleu.  Je lui relatais ma journée, aventures après aventures, mes hauts et mes bas, mes jeux d’enfants.  Patiemment, elle écrivait ce que ma petite voix lui racontait.  J’ai toujours aimé raconter des histoires et ma maman fût mon premier public.

Les histoires de poupées prenaient vie sous nos yeux, les cabanes dans les arbres devenaient de grands châteaux, mes promenades à vélo étaient dignes des plus périlleuses excursions.  Une fois les premières années à l’école terminée et l’écriture tattouée dans le bout de mes doigts, mon imagination fertile ne connaissait plus aucunes limites.  J’avais le monde des histoires fantastiques qui me chatouillaient les mains et les papillons se mettaient à virevolter dans mon ventre juste à l’idée de glisser un crayon sur une page blanche.

Les années se succédèrent, l’épaisseur de mes journaux intimes prirent de l’ampleur.  Les simples journées à jouer avec mes amies étaient choses d’un chapitre passé et c’était l’encre entremêlé de larmes qui noircissaient maintenant les pages.  Les garçons, les amours impossibles, les béguins secrets, les chicanes entre amies, tout y passaient.   Rien de mieux pour évacuer mon sang d’encre.

Au début de ma vie d’adulte, lors d’un grand ménage du sous-sol, je fis la découverte du journal de ma grand-maman.  Celle dont j’avais parlé dans mon propre journal lors de son décès quand j’étais encore toute petite.  Je savais bien, qu’en quelque part, dans mon arbre généalogique, la pomme ne tombait jamais bien loin.  Elle n’y gribouillait pas beaucoup mais une entrée me fit battre le cœur un peu plus fort.  La petite phrase, écrite en anglais, soulignant son tout premier rancart avec mon grand-papa.  Le début de mon histoire qui venait de prendre vie sur une feuille de papier noircie d’encre.

Ce journal, pas le même mais un autre , je l’écris, encore aujourd’hui.  Je n’écris plus à tous les jours mais souvent.  Juste assez pour que lorsque je n’y serai plus, ils y seront encore, mes mots.  Mes petits enfants pourront eux aussi un jour lire ma vie à travers le papier.  Ce blogue n’en est qu’une extension un peu moins intime.

La force des mots me bercent et me hantent et malgré les jours sans encre, je ne peux m’en défaire.  Je n’ai jamais passé un seul mois, une seule semaine, sans écrire depuis 1985.  C’est une partie essentielle de ma vie tout comme manger et dormir.  Je vous le recommande fortement, d’essayer d’écrire dans un journal, juste pour vous, à tous les jours pendant un mois.

Ça fait du bien à l’âme.

Nadz

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