Ça pas de bon sang!


J’ai toujours pensé que j’étais une vieille âme.  Ben pour ceux qui croient dans ce genre de stuff.  Je sais pas pourquoi mais je semble toujours attraper des maladies de  »vieux ».  Dans le fond, c’est peut-être pas une vieille âme que j’ai mais juste un vieux corps.  Un deuxième main, un restant, un refurbished que l’univers à décidé sur un coup de tête de tester pour une dernière fois avant de le mettre aux oubliettes.  Du genre, ah yé encore bon pour une autre run celui-là, lets go!

Ce mardi matin, comme à tous les mardis matins pour les prochains mois, je me suis rendue à l’hôpital pour ma prise de sang hebdomadaire.  Déjà m’y rendre c’est un exploit en soi.  Je vous explique, je déteste les prises de sang.  Ça me dégoûte, me donne le vertige, me rend sur les nerfs, l’hyperventilation devient imminente, bref je badtrippe en tab…

Déjà que j’aime pas vraiment ça, là va falloir j’y vais non pas à tous les ans pour un petit examen routinier mais bien à toutes les semaines.  C’est ma peur multipliée par 52 ça!  Une chance que j’ai un bon sens de l’humour.

Alors, ce matin, je m’y rends, fébrile, le coeur qui palpite, les mains moites, la tête qui semble flotter par dessus mon corps avec ma démarche incertaine.  Ma gang est là, enlignée comme des sardines qui s’en vont se faire saigner.  Je commence à les connaître pas juste de visage mais aussi par leurs noms.  Ils ont tous deux fois mon âge, et ça jase de tout et de rien comme si tout est beau dans ce bas monde et moi je souris mais dans ma tête qui surchauffe j’me dis sortez-moi d’icitte!

Ils sont toujours un peu surpris de me voir à chaque fois, comme si pour eux c’est impossible qu’un si jeune corps soit sur les mêmes poisons (pilules) qu’eux.  Je les aime bien mes petits amis du troisième âge, je nous ai même surnommé la gang du mardi.  Ça me rassure de les revoir à chaque semaine, preuve que s ‘ils sont encore en vie… moi aussi je peux tuffer encore un bout 😉

Ils sont là, aucun stress, à attendre de se faire sucer le sang par les vampires l’autre bord de la porte, tandis que moi mon niveau de stress frôle le code rouge.  Dans la logique des choses, vous penseriez que plus j’en donne du sang, plus je m’habituerais à la chose.  Pourtant c’est tout le contraire qui se produit.  Je les trouve courageux les gens de ma gang du mardi.  J’aimerais tellement être comme eux, sereins, joyeux, un petit pic et puis s’en vont.

À chaque fois que je vois l’infirmière l’autre bord de la fenêtre revenir pour appeler le prochain, je retiens mon souffle.  C’est pas bon pour ma tête déjà légère mais c’est plus fort que moi.  J’ai peur que c’est moi qui soit appelé et en même temps je veux que c’est mon nom pour que je puisse sacrer mon camp de là le plus vite possible.

Le cœur me débat, mes aisselles sont moites même si j’ai pris soin de me mettre double épaisseur de désodorisant avant de partir de la maison, j’ai chaud, j’ai frette, j’me comprend pu.  Mais j’attends, assise bien droite sur une chaise dure comme de la roche en essayant de trouver quelque chose, n’importe quoi, pour me faire rire et détendre mon atmosphère.

NADZ

Shit c’est moi, telle une automate, je me lève et je me dirige vers l’abattoir.  Il pourrait se passer n’importe quoi en ce moment, le plafond pourrait tomber, une émeute pourrait surgir de nulle part, moi mon but ultime c’est de me rendre à la chaise sanguine et de m’y asseoir.  Une étape à la fois quoi!

Bon, j’suis assise, je su d’en dessous du nez, ça bourdonne dans mes oreilles, l’infirmière doit bien voir que je suis stressé parce qu’elle discute de toute sorte de choses anodines pour tenter de me changer les idées.  Moi, là seule chose que je peux penser c’est dépêche-toi qu’on en finisse.

Elle pique, j’essaie de respirer le plus normalement du monde, je garde les yeux fermés tight pour rien voir du sang qui gicle de mon bras.  Sentiment de claustrophobie ultime, là, en ce moment même, je suis prise, comme menotté à cette chaise.  J’me vois mal partir en courant avec la seringue qui pend dans mon bras.  Alors je reste assise et je l’écoute d’une oreille distraite raconter ses histoires pas rapport et de l’autre oreille je compte les secondes qui s’éternisent.

Je sens l’aiguille me sortir du bras, ENFIN!!!!!  Je dégonfle, je sens tout à coup comme si je pèse 50 livres de plus, je m’enfonce dans la chaise, mes poumons se remplissent enfin de tout l’air ambiant.  Je reviens tout doucement à moi, je regarde la petite infirmière à voix douce et je lui dis un merciiii qui sort avec ma première grande expiration.  Elle me regarde de son air plus gentil, genre j’en beurre épais, et me réplique de sa petite voix douce.

Oups, j’me suis trompé, je n’ai pas prise assez de sang, va falloir que je vous repique.

Je me mets à rire, c’est juste à moi ça arrive ces affaires-là!  Je sens les gouttes de sueur perler sur mon front, j’entends ma gang qui rit dans la salle d’attente et j’me dis y’a des choses pires que ça 🙂

Nadz

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