Brin de poussière


C’est avec la sueur dans le toupet que je vous écris ce billet de blogue.  Ça fait des mois que je laisse la poussière s’accumuler sur mon petit coin bureau situé au deuxième juste en face de la fenêtre faisant face au trafic de la rue principale et surtout face à la mer qui se dissimule entre les maisons des voisins d’en face.

La vue, assise à ce pupitre est magnifique.  C’est ce qui m’a coupé le souffle quand j’ai fait le tour de cette maison pour la première fois.  L’inspiration y avait depuis longtemps fait son nid  et je m’y voyais déjà assise à écrire à grand coup de clavier, oubliant les heures et les jours.

Je m’y voyais sereine, perdue dans mes pensées, dansant avec mes personnages, dans une sorte de transe imaginative qui ferait de moi une grande écrivaine publiant succès littéraires après succès littéraires comme y’en a qui pondent des enfants.

Je pouvais déjà y humer le parfum d’un livre fraîchement imprimé, l’encre douce et noire m’écoulant du bout des doigts. Il y en a qui sont nés pour sauver des vies, d’autres pour donner la vie, moi j’existe tout autour des mots et à l’intérieur des pages des livres.  Je sens les papillons en moi à chaque fois qu’une histoire ressort des tiroirs de ma mémoire.

Pourtant, la poussière avait pris ma place sur le banc du pupitre du deuxième.  La vue était toujours la même mais je n’y faisais que passer dans le corridor sans jamais prendre le temps d’y saluer mes amis imaginaires.

C’est mon chat, Picasso, qui avait surtout pris possession des lieux.  Son gros lit bleu recouvert d’une bonne couche de poil était bien mis en évidence en dessous du pupitre, malheur à ceux qui osaient y déposer leurs pieds pour tenter d’utiliser le pupitre et s’y installer.

Cet après-midi, à force de tourner en rond et tenter d’écrire sans me faire mordre par cet imbécile de chat, j’ai chambardé son petit coin de territoire.  La guerre était officiellement déclarée.  Le pupitre, le vieil ordi, et la poussière avec, j’ai tout confisqué et installé mon butin dans un recoin de ma grande chambre à coucher.

Malgré le manque de ciel bleu, ici j’aurai une porte qui se ferme, un luxe quand tu ne veux pas un gros chat qui passe son temps à gronder ses moindres volontés.  Je me coucherai en imaginant mon futur roman déjà complété et j’ouvrirai les yeux chaque matin en sachant que je n’ai plus d’excuses.  Je dormirai avec mon ordi entre les couvertures s’il le faut.

C’est avec la sueur dans le toupet que je vous écris ce billet de blogue.  Parce que je m’apprête à débuter l’histoire d’un rêve et que j’ai peur de tout, peur de rien, peur de quelque chose qui n’existe pas encore.

Picasso dort paisiblement dans son gros lit bleu, après la bataille qu’il a livré pour ne pas que je chambarde son environnement, il s’est résigné vaincu.  Voyant le pupitre prendre vie, il n’a eu d’autres choix que de tasser son gros corps poilu.  Certes, il ne s’est pas laisser faire sans livrer sa part de bataille.  Mais il s’est aperçu assez vite c’était qui le vrai maître des lieux.

Il faudrait que j’apprenne à me battre comme lui, il ne se gêne jamais pour faire entendre son mécontentement peu importe que sa cible soit beaucoup plus imposante que lui.  Dans sa petite tête, c’est LUI le maître, un point c’est tout.

 

Nadz

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