Histoires bénites


J’vous partage une histoire un peu farfelue qui me fût racontée lors d’un souper entres amis il y a quelques semaines.  Peut-être ne sera-t-elle pas aussi tordante que pendant cette soirée car je vous l’avoue, quelques verres étaient déjà vides sur le comptoir et la soirée se faisait tard.  Mais j’vous garantie qu’on a ri et que je n’avais pas d’autres choix que de la partager avec vous.  En plus, croyez-le ou non, c’est une histoire vraie!

Les jeunes d’aujourd’hui ont de très différentes aspirations comparativement aux jeunes y’a de ça quelques générations.  Quand je dis jeune, je ne parle pas d’ados mais le groupe d’âge des 7 à 12 ans.   Y’a pas si longtemps, dans un pas si lointain passé, c’était presque un grand honneur d’être un garçon de messe, suivant de messe ou enfant de choeur.  Vous voyez, même le terme exact m’échappe tellement ce n’est plus quelque chose qui court les rues.

Bref, il était une fois, dans un passé pas si lointain, un jeune garçon qui rêvait d’être un servant de messe.  Il mangeait pas des ostis pour le souper pis c’est toute!  Détrompez-vous, il n’avait aucune envie de devenir curé et n’avait pas reçu de prophéties divines par le Saint Esprit, il voulait juste bien paraître auprès de ses amis et de sa famille et être un servant de messe était très bien vu à l’époque.  Tu voulais être le  »cool guy » ben il te fallait être le servant de messe!

Parce qu’à l’époque, cette position de prestige était très en demande, n’y accédait pas qui voulait.  Il fallait faire ses preuves et ses devoirs.  Il fallait aussi monter les échelons, comme faisant partie d’une grande entreprise.  Tu devais communier, prier et tout le tralala avant de te pavaner en avant avec M. le curé.  Notre petit Lorenzo (nom fictif pour conserver l’anonymat de Monsieur) voulait atteindre son rêve à tout prix et se décida enfin à faire les actions nécessaires afin d’y accéder.  Il s’enrôla dans la chorale de l’église.

Ainsi débuta son ascension au paradis. À chaque dimanche matin, Lorenzo partait fièrement pour l’église, fraîchement lavé, les cheveux  »lichés », les vêtements repassés et le pas léger.   Il se voyait déjà à droite du père le  »chest » bien sorti, l’oeil pétillant et l’allure fière, reniflant les effluves de l’encens à s’en faire noircir les poumons.   Il chantait juste, haut et fort et s’y donnait corps et âme.  En fait, il se donnait tellement que le responsable de la chorale le promu assez rapidement au rang de soliste.  Lorenzo était peut-être grand et maigre mais la voix qui sortait de ce corps faisait presque vibrer les vitraux de l’église.

Le dimanche suivant, Lorenzo arriva juste à l’heure à la messe, ceci n’étant pas son habitude, il était parti plus tôt mais ayant oublié sa cravate noire avait dû rebrousser chemin.  Tel ne fût pas sa surprise en apercevant la chorale entière nouvellement installée au 3ième étage de la grande église.  Le curé avait décidé que les voix sembleraient venir du ciel s’ils étaient au 3ième étage au lieu d’être sur l’hôtel et avait eu la merveilleuse idée de changer l’endroit habituel de la chorale.

Le petit Lorenzo inspira longuement, lissa de sa main gauche ses cheveux laqués et entrepris de gravir les escaliers menant au jubé. C’est avec les jambes molles et le coeur battant qu’il parvint enfin à son groupe et au même moment il entendit les cloches signifiant le début de la messe.  Le responsable de la chorale lui glissa à l’oreille,

– À matin Lorenzo c’est toi qui être en charge des solos et ta place est juste là, dépêches-toi à t’installer en avant té en retard!

Lorenzo sourit de son mieux et pris place en avant du groupe, sur le bord du balcon qui donnait une vue extraordinaire sur l’assemblée, une vue à couper le souffle, ce que Lorenzo (le grand flanc mou) ressenti l’instant même où il prit place.  C’est que voyez-vous, Lorenzo n’avait peur de rien, ou presque, sauf des hauteurs.  Le vertige pour lui était le pire des supplices.  Et entre moi et vous, un soliste avec le souffle coupé ça chante pas fort fort.

Lorsque vint son tour et que le responsable lui fit signe, la voix habituellement portante et limpide de Lorenzo se métamorphosa en une lamentation pénible emplie de trémolos.  La sueur lui perlait le front, les genoux lui battaient la mesure et le chant mélodieux dominicale sonnait davantage comme une belle chorale douce et mélodieuse entrecoupé des solos de Lorenzo à l’allure de cris dans les meilleurs films d’horreur ou de râlement de bête sur le point de mourir.

Ce fût la dernière messe de Lorenzo, il fût renvoyé chez-lui et ne fît plus jamais parti de la chorale.

Tel ne fût pas sa surprise, de recevoir mot du curé quelques semaines plus tard.  Un garçon de messe s’était blessé et ne pouvait pas servir le lendemain matin, M. le curé étant ben mal pris et connaissant le grand désir de Lorenzo de servir à une messe, il lui donna une seconde chance.  Lorenzo ne tenait plus en place, enfin il allait réaliser son rêve et devenir servant de messe !!!!

La messe se déroulait à merveille, Lorenzo connaissait d’avance tous les gestes à poser, les prières à réciter, les moments de recueil, il avait depuis longtemps fait ses devoirs et ses leçons.  Au milieu de la cérémonie, lui, le curé et l’autre servant de messe devaient tous s’asseoir pendant un chant de la chorale.  Lorenzo vivait ce moment comme dans un rêve et il faut croire que M. le curé aussi car il cognait des clous.  Lorenzo s’en aperçu et lui donna un petit coup de coude par politesse pour qu’il ne s’endorme pas en pleine messe.

Les chants redoublèrent et M. le curé n’en pouvant plus, s’assoupit sur sa chaise. Il en échappa sa bible qui glissa tranquillement sur sa soutane vers le sol. Lorenzo, en petit enfant modèle qui veut toujours rendre service à son prochain, s’empressa de se pencher pour redonner le livre saint à M. le curé. Son réflexe fut tellement immédiat qu’il en oublia le cierge allumé au bout de la perche qu’il tenait de l’autre main.

Son geste fut vif, il ne voulait pas que personne d’autre dans l’assemblé se rende compte de la sieste clandestine de sa sainteté. Pas assez vif par contre pour ne pas permettre à la flamme de sa chandelle de frôler le bas de la robe du curé et d’y mettre le feu….

Ben oui, Lorenzo crissa le prêtre en feu direct sur son hôtel!!! Si ÇA ne vous ouvre pas directement le « all-access pass » pour l’enfer vous êtes béni!!! Hahaha

N’ayez crainte, le pied de Lorenzo eu vite fait de contrôler la flamme sur le bas de la robe du curé avec quelques petits coups bien pesés et qui firent sortir le dormeur brusquement de sa rêverie.

La carrière de Lorenzo pris fin avec cet incident digne des plus grands films hahahaha

Ou presque….

Parce que, le téléphone sonna à nouveau quelques semaines plus tard, un nouveau curé était dans le coin et avait besoin d’un servant de messe pour la grande messe extérieure. L’événement social de l’été! Wow, Lorenzo n’en revenait pas. Il pourrait parader à nouveau devant l’hôtel et redevenir le gars le plus cool de l’école.

Un miracle se produisit, la messe se déroula à merveille. Lorenzo était vraiment fier de lui. Le nouveau curé le remercia et lui demanda à lui et son autre servant d’aller les attendre dans l’auto tandis qu’il finissait de saluer les nombreux fidèles qui s’étaient déplacés en cette belle journée ensoleillé.

Ah que la vie était belle, Lorenzo, le pas léger, alla s’installer dans la grosse voiture du curé avec son ami Benoit.

Les minutes passèrent, pas de M. le curé à l’horizon et les garçon commençaient à avoir faim.  Il approchait midi, la matinée avait été chargé en émotions et Lorenzo qui était un petit garçon en pleine croissance, entendait son ventre gargouiller.  Il aperçu du coin de l’oeil la boite pleine d’osti du père et eu l’idée du siècle.  Pourquoi pas se récompenser un peu de sa belle performance de ce matin et mangeant quelques petits ostis de rien du tout.  Il le méritait bien.

–  Hey Ben, passe-moi donc la boite juste là à tes pieds.  Il lui demanda du siège d’en arrière.

Ben s’empressa de lui remettre sans même remarquer son contenu.  Lorenzo ouvrit la boîte tout doucement, comme quand on ouvre un coffre au trésor.  Les ostis y étaient tout entassés comme des sardines et miracle, ce n’était pas les petits ostis ordinaires de messe mais bien les gros que seul M. le curé avait le droit de casser, bénir et manger.

Alleluia !  se dit Lorenzo, je vais pouvoir enfin en goûter un plein osti juste pour moi !

Il en sorti un de la boîte, le plaça bien haut en avant de son visage à deux main, pris son air le plus solennel et récita en latin la prière habituellement réciter par l’homme saint.

Ben pouffa de rire en avant de l’auto

– Mais qu’est-ce que tu bardasses encore Lorenzo ?  Moi aussi j’en veux un, t’en as une pleine boîte, envoye fais pas ton Séraphin.

Lorenzo se pouffa de rire, la bouche pleine d’osti qui revolèrent un peu partout dans la banquette arrière du char neuf de M. le curé.  Il essuya les miettes d’une main et tendit un osti reluisant tout neuf à Benoît.

– Tiens mon Ben, je te remets le corps du Christ pouhahahah!

et les deux joyeux lurons rirent de plus bel.

Cette charade dura une bonne demi-heure.  Au corps du christ par ci, au corps du christ par là.  Les ostis ne perdaient rien pour attendre et les deux jeunes garçons affamés se régalèrent d’entailles sèches comme jamais auparavant.

Mais après un festin d’osti, je peux vous assurer que le pauvre Lorenzo avait la bouche sèche et le palais remplit d’osti bien collés.

– Ah les ostis d’ostis ils disaient tout en riant de plus bel.  C’est ben bon mais j’ai vraiment la bouche pâteuse, pas toi Benoît ?

– Ben oui moi aussi j’ai soif!  J’boirais bien un bon Coke!

Ne voyant aucun signe d’évidence que M. le curé viendrait les rapporter à la maison bientôt, les garçons s’impatientaient.  Il faisait chaud, l’air était humide, ils avaient un léger mal d’estomac à cause d’un overdose d’osti sec, bref leur patience s’effritait.

– Maudit il prend ben du temps s’te curé-là, il est tu ben en train de bénir la paroisse !!!

Et c’est à cet instant que le vrai miracle survint!  Lorenzo aperçu la bouteille caché au fond de la boite d’osti.

– Benoît, Ben, Ben, Ben, check moi ça !

Et il brandit la grosse bouteille de vin pleine qui gisait au fond de la boîte d’osti.

– J’sais pas pour toi, mais moi j’ai une simonac de soif, j’vais juste en boire une petite gorgée juste pour me désengorger.

Il enleva le bouchon, souleva la bouteille à deux main, et en pris une grosse rasade.  Bien plus que ce qu’il avait prévu mais cette gorgée suffit pour lui réhydrater la bouche et lui chauffer la gorge.

Faut pas oublier que le petit Lorenzo ne devait avoir pas plus que 10 ans, c’était la première fois de sa vie que ses papilles goûtaient l’alcool.  Les larmes lui montèrent aux yeux mais il avala sa grosse gorgée tout d’un trait comme un homme se devait le faire.

– Lorenzo, garde pas tout ça pour toi, partage mon ami, partage.  lui répliqua Benoît les yeux pétillants de ceux d’un petit garçon qui sait qu’il fait un mauvais coup.

Les deux joyeux lurons continuèrent à bénir les ostis, la bouteille de vin, chaque gorgée, les sièges du char, les oiseaux qui chantaient, le soleil, les nuages, bref, il s’en donnèrent coeur joie et trouvèrent toute sorte de chose à bénir tant et aussi longtemps que chaque bénédiction leur donnait le droit à une bouchée d’osti et une plus en plus grosse gorgée de vin.

C’est une heure plus tard que M. le curé les retrouva dans sa voiture.  Les deux twits ben gorlos, le tour de la bouche pleine de poudre blanche d’osti, les dents rouges de vin, les deux yeux qui reluisent d’un trop gros taux d’alcoolémie sanguin et nageant dans le plus grand bonheur de leur courte vie.

– Nous te bénissons M. le curé, cria Benoit plus fort qu’il ne le pensait quand le curé pris place dans son auto pour les reconduire.

Les deux gorlos ivrognes se pouffèrent de rire et ne purent s’arrêter tout le long du trajet du retour.  M. le curé ne dit pas un seul mot, garda les mains figées sur le volant, l’oeil sur la route.

Lorenzo ne se demanda jamais pourquoi il ne servit plus jamais à la messe.  Après le chant de la mort, la mise en feu de la soutane et la beuverie sur le vin de messe, sa courte carrière de servant de messe s’arrêta avant même de commencer.  Il en garda tout de même des souvenirs impérissables et des anecdotes digne des meilleurs films.

 

Amen!

 

Nadz

 

 

 

 

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Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. m1nt1e dit :

    Ouffff, ça me fait tellement penser à quelqu’un à qui ça aurait pu arriver pouahahahaha!!!

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