Mon coming out


Le but ultime de mon blogue était d’en arriver à ce jour.  Ce moment fatidique et irréversible où je me mettrai finalement à nu devant le monde entier pas juste devant ma famille et amis proches.  Plusieurs fois j’en ai débuté la rédaction et j’ai tout effacé.  D’un doigt rageur, le bouton delete enfoncé jusqu’à ce que la page redevienne livide.

D’autre fois, la peur, la gêne, le désarroi se faufilait à l’intérieur et ses pas redoutables me faisaient douter du réel impact d’une telle candeur.

Alors voilà, je fais mon  »coming out » officiel. Sortez les trompettes, la fanfare, la petite scène en bois mal verni, je me place sous les projecteurs qui me feront suer du dessous du nez. Fini le fond du garde-robe noir et rempli de vieux morceaux de vêtements qu’on avait oubliés.  Alors voilà, je souffre d’anxiété et d’attaques de panique depuis 36 ans (bref depuis ma naissance, toujours, longtemps, peut-être même dans une autre vie avant celle-ci!).

Le plus loin où je peux remonter le temps dans mon histoire modeste, je suis bébé, quelques semaines à peine, ma mère (qui est une personne extraordinaire) adore bécoter, serrer, bercer.  Jamais elle n’a réussie à me bercer pour m’endormir.  Je détestais me faire bercer, qu’elle me raconte aujourd’hui.

Avec le recul, je sais que déjà je suffoquais d’être prise dans des bras.  J’étais bien dans mon berceau, seule, sans bisous, sans câlins, dans mon petit monde imaginaire.  Malgré toutes ses bonnes intentions, quand elle me berçait, je pleurais.  Une chance que quelques années plus tard, elle pu assouvir son besoin de mère avec ma petite soeur qui elle adorait la chaise berçante 🙂

Je suis tombé par hasard sur le terme  »voluptuous panic » je trouve que ça décrit tellement bien cet état pour moi.  Une grosse couverture de peur qui t’enveloppe entièrement.  Parfois, j’arrive à m’y sortir un pied, un bras, la tête, pour prendre de l’air et toucher à un moment de réalité avant de retourner me blottir dans ma bulle.

Mes années à l’école primaire furent un vrai calvaire.  Emprisonnée dans une classe et devoir obtenir la permission pour sortir, je paniquais à tous les jours.  Je suppliais mes parents à chaque matin de me garder à la maison.  Je ne compte plus les crises de larmes à mon casier en voyant ma mère partir la tête basse et la maîtresse me prenant la main pour entrer dans la cellule.

Pourtant l’envie d’apprendre était réelle et forte et réussissais même parfois à surpasser mon fort besoin de sortir de cette maudite classe.  Je n’arrivais pas à comprendre comment mes camarades faisaient pour sembler si absorbés, calmes, concentrés par la matière quand je m’empêchais de crier et de prendre mes jambes à mon cou.  Mon petit coeur battait la chamade, j’avais un léger mal de coeur et une sensation d’avoir la tête légère.

Malgré mon jeune âge, j’avais comprise la  »game » et je passais mon temps à demander poliment et avec le sourire pour aller à  »la toilette » pour me sortir de cette tab.. de classe.  J’allais m’asseoir sur le bol, toute habillée, et j’essayais de reprendre mon souffle et d’étirer le temps le plus possible où il me faudrait inexorablement retourner à l’abattoir.

Finalement, toutes mes manigances me donnèrent un free ticket pour des visites hebdomadaires avec la psychologue scolaire.  Je me rappelle encore le sentiment contradictoire de gêne et de bonheur qui m’accablais à chaque fois qu’elle venait cogner à la porte de ma classe pour venir me chercher (sauver) pour faire une séance de gribouillages afin de tenter de déchiffrer à travers mes dessins ce qu’il y avait d’anormal avec moi.   Honteuse d’être exclue mais soulagée de sortir enfin. Encore à ce jour, je déteste d’une façon assez viscérale l’art de dessiner.

Pauvre eux, je me demande si 30 ans passées l’anxiété était déjà quelque chose qu’on pouvait diagnostiquer ?  En tous cas, ils essayèrent bien de me  »classer » sans succès.

Quelques mois plus tard, je découvris ce qui sans contredit changea le reste de ma vie, la lecture et l’écriture.  Je me rappelle encore de la fin d’après-midi où Madame la Maîtresse s’assoyait à l’arrière de la classe armée d’un chronomètre et d’un petit livre d’histoire.  Il fallait s’appliquer à lire le plus loin possible dans l’espace d’une minute.

Pendant cette minute, j’ai oublié que j’étais dans la classe, littéralement, et j’ai vécu une histoire.  Je voyais les paysages défilés dans mon imaginaire, les personnages prendre vie.  Je terminais l’histoire bien avant la fin de la soixantième seconde, et je terminais aussi première de classe malgré les absences répétées pour pratiquer mes  »dessins »

C’est LE moment qui changea ma vie, celui où je découvris qu’il était possible pour moi de ne plus être dans un endroit précis quand je pouvais partir très loin simplement en ouvrant un livre.

J’ai tellement lu durant mon enfance et mon adolescence (et encore à ce jour).  J’me souviens même d’une fois où j’étais inscrite à un club de lecture d’été, rien de bien bien compliqué, simplement prendre en note les titres des livres lus et à chaque dizaine notre nom était inscrit dans un concours pour gagner un p’tit rien tout neuf.  Tel n’en fût pas ma surprise quand je me suis fais disqualifier parce que c’était impossible que j’avais lu tous ces livres donc, selon la p’tite grosse qui me jugeait, je ne pouvais pas lire aussi vite alors PAF, Nadz OUT!

Je n’ai rien gagné cet été-là dans le club de lecture, j’m’en voulais terriblement d’avoir été prise pour une menteuse et une profiteuse quand tout ce que j’avais fais c’était lire.  Lire dans mon lit, couché sur le dos dehors sur le gazon, dans l’auto quand on visitait la famille, dans le salon, sur ma petite table de pique-nique, dans ma balançoire, partout je traînais mes livres et mon calepin pour écrire par la main, comme mes nouveaux meilleurs amis.

V’la le secondaire, l’anxiété continuait tranquillement à couler dans mes veines.  Une chance, je n’ai pas souffert d’intimidation, j’étais (probablement à cause de mon air de nonchalance et de  »je n’ai besoin de personne ») qualifier comme une fille cool.  Je ne sais pas comment je m’en aurais sortie si en plus de stresser pour tout j’aurais fait rire de moi.

Avec mon fuck you écrit dans le front, j’ai échangé les  »demandes pour aller à la toilette » avec mon nouveau sport favori…..l’école buissonnière.  Je conservais tout de même des notes exemplaires, alors j’avais l’excuse parfaite.  Je ne demandais plus la permission pour sortir de la classe, je me sauvais, tout simplement.

Durant ma vie d’adulte, j’ai bénéficié d’un petit répit d’anxiété.  Tout allait comme sur des roulettes pendant quelques années, je réussissais à jongler vie professionnelle et personnelle tout en enfouissant ben ben creux qui j’étais réellement sous des couches de sourires forcés cet anxiété qui hurlait pour sortir.

Après une dizaine d’années dix pieds sous peau, elle revint avec une vengeance mesquine.  Oublier tout ce que je pensais connaître sur le sujet, les crises de panique se succédaient d’heure en heure.  L’une n’attendait plus l’autre, j’étais épuisée, physiquement, psychologiquement et je ne pensais plus un jour voir la lumière au bout du tunnel.  Même la lecture ne réussissais plus ses miracles.   Rien n’y faisait, j’étais prisonnière de ma propre tête.  Enfermée entre les 4 murs de ma maison je me sentais devenir de plus en plus  »folle » au fil des jours.

J’me disais, ça y’est, j’ai disjoncté, ils vont me faire interner, je vais finir ma vie les cheveux en broussailles vêtue d’une camisole de force.  C’était un cercle vicieux insupportable chaviré entre la panique et le désarroi je me mise à écrire de façon obsessive pour oublier la réalité.  Je me détestais tellement.  Pourtant tout allais bien pour moi, j’avais un chum incroyable, un job de rêve, une maison, des amis…j’ai pas eu d’autres choix que de partir.  J’ai tout laissé, TOUT pour prendre du temps pour moi, le temps qu’il faudrait, j’étais déterminée, enragée même,

C’était comme un déclic, j’ai réalisé que depuis toujours je me sauvais de tout ça.  Je venais de comprendre que le  »problème » était à l’intérieur de moi, que peu importe où j’étais, avec qui, ce démon intérieur me suivrait toute ma vie alors aussi bien l’apprivoiser une bonne fois pour toute avant qu’il prenne le meilleur de moi.

J’étais à une croisée de chemin, à droite, une vie misérable prise à regarder des parcelles de vie qui défilent en arrière des rideaux fermés les mains crispées et les yeux vitreux et de l’autre une grosse bataille, un chemin de croix, une estie de grosse piste à obstacles qui mènerait éventuellement à une vie plus saine accompagnée d’une brise de fraîcheur et de spontanéité.  Je choisie de me battre, parce que je savais que pour moi c’était la seule issue.  Je m’en foutais s’il fallait que je marche à travers le feu, les chemins cahoteux, la merde des autres qui me regardent de haut, un jour je savais que j’y arriverais.

En retenant mon souffle, croisant doigts, orteils, récitant mon mea culpa et comptant et recomptant 50 fois jusqu’à 10. (mélange d’ocd) je décidai d’ouvrir toutes grandes les portes battantes de mon âme et d’enfin accepter qui j’étais en faisant face coeur premier à mes problèmes psychologiques.

Je consultai (de mon propre gré) un professionnel et entrepris de me défaire de mes chaînes.  Avec l’aide de mon médecin, de ma famille, de mes amis proches, de ma volonté de fer, je suis fière de dire qu’aujourd’hui je suis mieux, beaucoup beaucoup mieux.  Je ne dirai jamais guérie parce que je crois que ceci fais partie de moi, tout comme mes cheveux bruns et mon rire un peu bizarre.

C’est certain qu’il y a des jours meilleurs que d’autres et que je pourrais jamais enrayer ce démon à 100% mais je peux maintenant apprécier chaque moment que la vie m’apporte sans trop penser et déchiqueter les moindres détails.  Je n’arrêterais jamais de lire ni d’écrire car ce sont, eux aussi, des parties intégrales de qui je suis.  Les mots pour moi, c’est un besoin essentiel de les côtoyés, tout comme respirer et dormir.  Ils contiennent une énergie et un monde imaginaire qui m’appartiennent et qui me font être.

J’écris et je lis pour vivre, tout simplement.

Alors voilà, mon secret est enfin libéré, j’en suis émue, mes doigts sont un peu tremblotants sur le clavier, mais je prends une grande respiration et je souris parce que je sais que je ne suis pas seule, je sais que je peux aider parce que je comprends……tellement!

Sans l’anxiété, je ne serais pas la personne que je suis devenue.  J’ai beaucoup d’empathie pour les gens qui m’entourent, je suis extrêmement intuitive et instinctive, je peux apprécier tous les petits moments de bonheurs que la vie sème, j’ai un petit côté sauvage et animal, je n’ai plus peur de m’exprimer, je peux lire à la vitesse de l’éclair et écrire plus vite que mon ombre, j’aime sans retenue, je suis ok pour faire la folle et avoir l’air ridicule devant les autres, je m’en fou des qu’en dira-t-on, je suis à l’écoute de mon corps et de mes pensées.  Bref, vivre avec tout ça a fait de moi la femme que je suis.

Pour ceux et celles qui vivent encore au plein milieu de la tempête, sachez que le printemps n’est jamais bien loin.  Qu’il est possible de s’en sortir et d’être parmi les  »normaux » (hum hum même si des fois j’les trouve monotones hi hi hi)

Prochains blogues, j’vous partagerai mes trucs perso pour vaincre tout ça.  J’vous avertie, je ne suis pas médecin et il est toujours primordial de consulter et de grâce, ne vous sentez pas faible parce que vous osez aller chercher de l’aide.  Ce sont les gens les plus forts qui savent quand il est important de se faire aider en tendant la main.

Sur ce, si on se croise un jour, nul besoin de me regarder avec un air de pitié ou comme un rat de laboratoire.  Je vis très bien avec qui je suis, d’où je viens et où je vais.  On est tous des humains, avec nos qualités, nos défauts, nos bons côtés et ceux qu’on aimerait bien réussir à cacher.

Bref, en écrivant cet article, je qualifie que ceci est la dernière étape de mon cheminement.  Ça fait 4 ans que j’ai vaincu mais que je n’osais pas dépasser la ligne d’arrivée.  Je piétinais sur place en me disant qu’un jour j’aurais le courage de crier sur les toits qui je suis.

Le ruban est coupé, avec mon chest bien sorti, le sourire aux lèvres, la main qui fait bye bye du style femme de pageant, je vous salut bien bas et sors de la scène en effectuant quelques petites stepettes.

Mouah

Nadz

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5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Mylène D. dit :

    Bravo pour ton courage 🙂 Nous sommes plusieurs dans le même bateau, même si nos histoires ne se ressemblent pas toutes. Ça fait toujours un grand bien intérieur de constater que chaque jour, nous sommes de plus en plus nombreux à s’affirmer et à prendre les moyens nécessaires, avec courage et humilité, pour améliorer notre qualité de vie. Bravo 🙂

  2. getitizy dit :

    Très bel article, je respecte vraiment ton initiative car je sais à quel point cela peut être difficile de s’ouvrir !

  3. Sylvie P. dit :

    Wow, quel beau texte…
    Je connais bien l’anxiété et les attaques de panique. Je connais le feeling d’être prisonnière de sa propre tête, la frustration, la peur de devenir maboule… Je te félicite pour ton fantastique cheminement, c’est beau de te lire!

  4. fitforzen dit :

    J’adore et je ressens plein de choses similaires… Lol

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