Osti d’folle!


Y’a de ça quelques mois, j’ai publié un blogue sur mes angoisses.  (voir coming out)

Depuis, c’est incroyable le nombre de gens qui se sont confiés à moi. Plusieurs d’entres eux sont ou étaient déjà sortis  »du placard » mais plusieurs sont encore réticents à en parler ouvertement et simplement d’avoir quelqu’un qui les comprend, ne les juge pas, ça leur enlève tout un fardeau.   J’en suis très émue et touchée de voir que l’on est pas mal plus nombreux qu’on le pense et que finalement en parler est déjà un gros poids d’enlevé sur les épaules.  Se reconnaître, pouvoir en jaser ouvertement, ça fait le plus grand bien.

Dans cet article, qui s’est avéré un bras plus long que je le pensais, j’ai omis mes trucs perso pour pouvoir surmonter tout ça.  Je trouvais que mon histoire méritait toute la place.

Alors voilà, j’vous dévoile une autre petite partie de mon jardin secret.  Les façons, bien personnelles à moi, de dealer avec tout ça.  De vivre un peu mieux à tous les jours.  De respirer toujours un peu plus profondément.  J’vous avertie, ce sont mes outils, il est bien possible qu’ils ne fonctionnent pas aussi bien pour vous.  Je ne suis pas médecin, et je vous recommande fortement de consulter si vous souffrez.

Pour moi, la première chose qu’il fût important que je réalise c’est que c’est en moi.  Ce n’est pas quelque chose qui peut nécessairement se contrôler mais plutôt un trait de mon âme avec lequel il faut que j’apprenne à vivre en harmonie.

Un genre de coloc fatiguant qui ne se ramasse pas, qui des fois fait des siennes, te donne tout un show, mais que tu dois apprendre à regarder de loin du coin de l’oeil et à ne pas lui donner toute l’attention dont il ne mérite pas de toute façon.

En réalisant qu’il était impossible pour moi de me débarrasser de cette maladie à 100%, déjà là, je me sentais mieux de ne pas arriver à maîtriser tout ça.  De réaliser aussi qu’il était possible de vivre avec sans s’y perdre, d’avoir une vie  »normale » de  »blender in » incognito, moi qui avais toujours l’impression d’avoir un écriteau dans le front écrit en gros gras ATTENTION JE SOUFFRE D’ANXIÉTÉ TASSEZ-VOUS !

Il faut comprendre aussi que dans mon cas, c’était pas juste une phase, je vivais avec ça depuis ma naissance et je venais enfin de comprendre plusieurs pourquoi.  J’étais consciente que je ne pourrais pas guérir de tout ça comme on guérit du virus de la grippe, de façon définitive, mais que je pourrais apprendre à l’amadouer et possiblement enfin pouvoir le mettre un peu en cage.

La première étape à mon avis, est de régulariser le sommeil, aka, dormir !  Souvent, je me couchais très tard, me levais un peu n’importe quand et ne faisais jamais de sieste.  En d’autres mots, j’étais, comme la plupart d’entre nous, brûlé et surtout incapable de passer du temps à rien faire.

J’ai commencé par me permettre un 15 min de pause sur le sofa à tous les après-midi.  Pas 15 minutes à lire, ni à écouter la télé mais bel et bien coucher sur le sofa les yeux fermés.  Un temps d’arrêt juste pour moi.  De plus, j’ai commencé à me coucher avant minuit, à tous les soirs et à ne pas me sentir mal si je faisais une fois de temps en temps la grâce matinée.  Graduellement, ce 15 min de pause bien à plat sur le sofa se transforma en 30 minutes de sieste.

Tranquillement, mon corps s’est habitué à cette nouvelle routine et je me suis aperçue que j’étais beaucoup moins fatigué.

Ce simple changement fût échelonné sur une période de plusieurs mois.  À mon avis, rien ne sert de se lancer dès le départ dans l’exercice, la méditation, et tout le tralala si en fait vous êtes au bout du rouleau.  Mon corps était fatigué d’être toujours à l’affût d’une autre attaque de panique, il avait besoin d’être à off pour quelques temps.  Comme si je pesais volontairement sur le bouton reset et que je le tenais enfoncer même s’il me brûlait le bout du doigt.

Durant cette période de repos intense, j’ai aussi modifié mon alimentation en éliminant les excitants.  Adios café, thé, chocolat, boisson gazeuse et compagnie.  Malgré le fait que j’adorais tout ça, j’étais prête à faire le sacrifice de ne plus y goûter si en bout de ligne ça aiderait mon bien-être total.  Y’a des gens pour qui ça ne les affectent pas, mais moi je savais que oui même si des fois j’me mentais.  La même chose en fait qu’il y a des  »gros » qui sont obèses et que ce n’est pas leur faute à cause d’un mauvais fonctionnement hormonal et les autres qui se lamentent la bouche pleine de frites et le menton graisseux en ne comprenant pas pourquoi ils ne maigrissent pas!   Ok je dérape…

Bref, les premiers mois, furent dodo et coupure dans les aliments  »excitants ».  Par la suite, j’ai apprise à ne plus fuir les crises de panique mais à les challenger.  Je parle pour ceux et celles qui en font, car les autres, je doute fort que vous comprendrez.  Vous savez quand vous sentez ça monter en vous?  Moi ça commençait au niveau du plexus solaire et ça m’enveloppait.  J’avais un sentiment de peur, vertige,  »out of body experience » et que j’allais certainement mourir dans les prochaines minutes.  Aussitôt que je sentais qu’une crise naissait, c’était la panique, il fallait que je me retire, seule dans mon coin, peu importe où j’étais il fallait que je parte, sorte, décolisse!

J’ai changé ma stratégie, et avec ma tête de cochon bien aux commandes, j’ai décidé que c’était maintenant moi la boss!

La prochaine fois que je ressentie la même sensation d’oppression dans la poitrine, au lieu de me sauver, je suis restée, j’ai prise une pause et j’me suis dis, comme si je parlais à une autre personne ;

– tu veux paniquer, bring it on, c’est pas la première fois mais cette fois-ci j’me sauve pas alors t’as besoin de m’en donner toute une crise.  Ouais, t’as bien compris, j’suis tannée de toi alors go, fais ce que t’as à faire pis déguerpis.

J’ai pas totalement gagné cette fois-là, c’était la première, mais je me rappelle me rendre compte que la panique s’éternisa un peu moins longtemps qu’à l’habitude, comme si elle s’était sentie intimidée par mes menaces.

Les mois qui suivirent, j’ajouta l’exercice à mon régime anti-panique.  En étant davantage à l’écoute de moi, je me rendis compte que lorsque je me réveillais bien reposée le matin, j’avais beaucoup plus tendance à faire des crises de panique.  J’étais complètement dans ma tête et plus du tout dans mon corps. La solution clé, l’exercice.  De plus, avec les dernières années pas trop faciles, à paniquer de tout bord tout côté, j’avais emmagasiné plusieurs bourrelets de protection.  Afin de me rendre invisible aux yeux d’autrui, plus j’étais grosse, mieux j’étais.

En fait, cette maladie, ça englobe plein d’autres choses, pas juste la tête, souvent le corps suit et se métamorphose au fur et à mesure que la maladie progresse.  On est tellement dans notre tête qu’on en oublie qu’elle est aussi attachée à un corps.  L’un ne va pas sans l’autre.  Une tête en santé veut aussi dire un corps en santé.

J’ai commencé à courir.  À tous les matins sans exceptions.  Déjà, sortir de la maison seule, c’était une chose, sortir courir aux yeux de tous en était une autre.  Déjà, aussi, le fait que je m’éloignais de mon point de repère, de mon oasis sacré, de mon endroit de sécurité, j’étais stressé pas juste à l’idée de me faire voir, de courir, mais surtout de m’éloigné de chez moi où je pouvais paniquer en paix les rideaux fermés.

Les écouteurs sur les oreilles, le coeur qui bat à 100 milles à l’heure malgré le fait que je n’ai pas même fait mon premier pas, je pris la route espadrilles aux pieds.  Ça dura un gros 30 secondes avant que je me retrouve la langue à terre, j’étais aucunement en forme physique.  Je continua mon petit 1 km en stoppant à tous les 30 secondes pour reprendre mon souffle, prier, me dire ok té capable, ou carrément me chialer.

Cette première fois, je n’ai pas du tout compris les effets bénéfiques de tout ça.  Tout ce que j’y appris c’est que j’avais eu le courage de le faire et que j’étais de retour à la maison saine et sauve, en sueur, à bout, stresser, fatigué, et découragé mais je l’avais fait.

Le lendemain je repartis, musique dans les oreilles, le coeur battant et me répétant à chaque pas,

holy shit je panique, la tête me tourne, respire Nadz, respire, j’pense j’vais m’évanouir, ça y’est j’vais crever d’une crise de coeur, me semble mes bras sont endormis, j’ai chaud, j’ai mal au coeur, le voisin me regarde, mes souliers sont pas confortables, me semble que mes cheveux sont mal attachés, j’espère je ne ferai pas face à face avec un chien, qu’est-ce qui m’arrive si je tombe ici, qui va me ramasser, est-ce qu’il fait trop chaud pour courir, j’aurais bien dû m’emporter une bouteille d’eau, peut-être que j’ai trop faim pour courir, c’est dangeureux, j’sais pas, pourquoi j’fais ça encore, oh my god tout bouge de partout…

(pensées normales et journalières d’une personne anxieuse, en tous cas, pas mal portrait exacte de ma tête en une période de moins de 60 secondes)

Je ne m’éloignais pas trop de mon bercail, vous savez, nous les  »weirdos » on se fait pleins de peurs insensés, et une d’entre elle qui revient souvent est la peur d’être loin de son chez-soi.  On se fait un genre de nid douillet, on s’y abrite et on n’en sort plus.  J’me dis j’ai dû être une marmotte dans une autre vie, je ne sors jamais de ma tanière.  Ah ben, c’est peut-être ça, toutes les marmottes qui se réincarnent en humains deviennent immanquablement des anxieux.

hahaha EURÉKA !

Bon encore une fois je bifurque.

Après quelques semaines (et non quelques jours), parce qu’il faut réaliser que comme guérir ne se fait pas en un tourne main en claquant des doigts et criant Abracadabra, le jogging c’est exactement la même chose, je commençais à être de moins en moins essoufflé et à me rendre de plus en plus loin.

Je réalisais qu’en priorisant la course comme première activité matinale, de faire travailler mon corps de façon intensif, m’enlevait de plus en plus de ma tête.  La production d’endorphines remplaçant celle d’adrénalines faisant le plus grand bien.  Parce que y’a rien de plus paniquant que de recevoir une pleine dose d’adrénaline assise devant la télévision.  C’est un peu ça une crise de panique, un relâchement d’hormones involontaire, où que tu sois sans jamais pouvoir le prédire.

Après le sommeil, le changement de nutrition qui éventuellement inclue aussi beaucoup plus d’aliments sains et nutritifs, l’ajout de l’exercice régulièrement, j’ajouta en dernier (et non le moindre) la méditation.

Après mon jogging matinal, douche et avant le déjeuner, un petit 10-15 minutes de méditation fait des merveilles.  J’me suis rendu compte que tout comme le corps, la tête est un genre de muscle qui se travaille.  On peut le mouler à notre manière, lui apprendre à relaxer et plus on l’entraîne, plus c’est facile de relaxer.

Le reste de l’histoire ben elle est là, assise devant l’ordi à vous écrire ceci.  C’est certain qu’il y a aussi tout le cheminement intérieur qui s’ensuit, le questionnement de si on aime notre carrière ou si on décide que celle-ci contribue peut-être un peu à notre mal-être, idem pour les gens qui nous entourent, qui on conserve dans notre vie et qui on élimine en douceur.

C’est un long processus, mais le soleil continue à se lever à chaque matin que vous y soyez ou non, il ne faut pas se décourager, apprendre à se tenir la main au lieu de se taper dessus, respirer profondément et y ajouter quelques petites touches de sourires forcés.

Depuis quelques années, je vais mieux, beaucoup mieux.   

Après tous, si je suis capable, vous pouvez le faire aussi 😉

On commence demain ?

Mouah

Nadz

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5 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. stephmallet dit :

    Depuis hier que j’ai vue que tu avais un blog, je tiens à te dire BRAVO !! 1) T’écris super bien, la façon que t’écris tes textes et 2) ça prend un méchant courage pour sortir de sa carapace et parler de soi de cette façon … Je me reconnais dans plusieurs passages de tes textes quand je pense à mon petit hamster qui jongle depuis longtemps dans ma tête et de voir qu’on est pas seule c’est toujours encourageant, avec un brin d’humour c’est encore mieux 😉

    1. Merci 🙂 j’entretiens ce blogue depuis plusieurs années. Bienvenue dans mes aventures !

  2. Lili32 dit :

    Allo Nadz,
    Quand j’ai lu ton blog, j’ai eu l’impression que tu parlais de moi. 😜
    Moi aussi, depui environ 1 an et demi, je peux contrôler mes crises de panique. Ce n’est pas croyable à quelle point ça peut nous gâcher la vie!!!
    Je te félicite d’en parler si ouvertement. Au début, je pensais que j’étais la seule et quand j’ai commencer à en parler, j’ai réalisé qu’il y en avait beaucoup! Et des gens de mon entourage!
    Bon blog👍

  3. Manu dit :

    Merci! Ton texte m’aide à calmer mon petit hamster Interieur, qui est parfois hyperactif, en période de stress.
    Je me souviens de toi, à la Poly et j’te trouvais vraiment cool!
    Aujourd’hui, j’aime apprendre à te connaître un peu au travers tes écrits!
    Hâte de te relire!
    Je t’invite à suivre mon blogue, si ça t’intéresse 😉

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