Le bruit du grand air


On a tous un jardin secret.

On y fait tous pousser un peu n’importe quoi, n’importe comment.  Un coin en soi, poussiéreux et désordonné.  On lui rends visite les soirs de pluie, les jours gris,  On tente tant bien que mal d’y faire un peu le ménage les rares fois où on s’y pointe le bout du nez.  Toutes les meilleures intentions du monde y meurent, les deux pieds dans l’ombre.

C’est important de l’alimenter, ce p’tit coin juste à nous.  Pas trop, pour ne pas s’y perdre entre les rangées de pois et de betteraves, mais juste assez pour savoir qu’on pourra toujours venir y déguster un petit quelque chose à l’abri des regards indiscrets.

Parfois même, les jours d’angoisse, par peur d’être infiniment seul, on s’y risque à y faire entrer quelqu’un, l’avertissant à l’avance des trous sans fonds, des fleurs qui piquent, et de ne surtout pas piétiner les coccinelles!  Si on est courageux, ou amoureux, on leur bande à peine les yeux pour leur montrer le chemin.

On se fait accompagner, entre deux serrements de mains et des souffles saccadés. Cette présence qui nous fait presque croire qu’on est deux.  Le vent se met à tourner, les feuilles bruissent dans les grands arbres au loin.  Signe qu’il est temps de rentrer.

Le secret du jardin, s’incruste dans mes pores.  Il est moi, un peu de toi, et beaucoup de nous.

Cette terre, qui s’en fou des bornes, qui vire tout droit du nord au sud, bien cachée au bout du champ, là-bas, après les lilas.

– C’est par là ? me demanda-t-il une fois

– Parfois…

Avec les saisons, j’me rapatrie certains lots boisés.  J’sors mon 12 pour y abattre les corneilles.

L’année dernière, c’était un p’tit coin perdu sur la grève.  Les vagues étaient fortes, le courant m’a presque eu à son jeu.

Cette année, j’suis dans l’champ!  Au fin fond du rang. J’y ai attaché quelques cabanes d’oiseaux multicolores, sur le grand chêne qui s’est enraciné en plein milieu de nul part.

J’essaie de ne pas trop y passer de mon temps, pour ne pas t’y faire perdre le tien.

Être vraie, c’est un peu, en quelque sorte, délaisser mon jardin.  Pas trop, juste un peu.

Parce que, tu vois, ici l’air est pur, le silence me parle, et j’ai moins peur du vide.

 

Mouah

Nadz

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