Discours de vieille


J’ai eu la chance aujourd’hui de discuter avec une femme aux cheveux blancs.  Souvent, malheureusement, ces gens d’un certain âge, passent inaperçus.  Ils se fondent dans la tapisserie du décor.  Pourtant, l’énergie qu’ils dégagent est dense, surchargée de souvenirs n’attendant qu’à être partagés.

Elle me dit :

  • Tu sais Nadz, dans la vie, y’a 3 choses qui sont plus importantes que tout.  

Déjà, avec son habit du dimanche et son grand chapeau, elle m’avait conquise, mais avec une phrase comme celle-là, je n’ai eu d’autres choix que de mettre mon après-midi sur pause, le temps d’un instant, pour lui tenir quelques minutes de compagnie.

Me regardant de ses yeux pétillants sa jeunesse pas si lointaine, elle m’attrapa de sa main douce comme seule une peau avec une longue histoire peut l’être et m’invita à entrer dans son monde.  Le temps était doux, l’après-midi était belle et personne ne m’attendait nul part.

Elle commença par

  • La première chose qui est vraiment important dans la vie, c’est la foi.  Avec un grand sourire niait et le regard vague.

Du coup, j’ai pensé, aaaaah non, elle va pas essayer de m’emporter à la messe de force, de me faire avaler des ostis à grandes pelletées et de me faire réciter le chapelet à genoux pendant des heures tout en me gargarisant à l’eau bénite! Non, non, non, j’essayais déjà de me dénicher une excuse quelconque pour me sauver d’un baptême atroce sous forme de semi-noyade dans un lac bouillant la sangsue pour enfin pouvoir accéder à la vie éternelle dans ma nouvelle réincarnation à la sacro sainte Nadz illuminée.

Je crois qu’elle s’est aperçu que la chaise commençait à me chauffer le cul.  Elle arrêta d’un coup sec, et me dis

  • Je ne parle pas nécessairement de Dieu ici, mais de croire, tout simplement.  

Je me détendis, et ris un peu, elle venait de me rapatrier à nouveau.

C’est vrai que c’est important de croire, croire en soi, croire en l’autre, croire en la vie, croire que y’a une force quelconque plus forte que nous, que tout.  Croire que y’a rien qui commence vraiment ou qui se fini, croire qu’on est un petit être qui fait parti d’un tout, croire que tout ira bien malgré les bas, croire que les hauts ne sont jamais bien loin.  Croire que y’a une raison, ou pas.  Croire que l’on est aimé, ici ou ailleurs.  Croire tout simplement…

Je ne pouvais qu’acquiescer

Elle continua de plus bel

  • La deuxième chose, c’est le  »laisser aller »

Encore une fois, quelque chose que j’essaie d’appliquer dans ma vie quotidienne.  Laisser couler la vie comme elle l’entends sans trop forcer les circonstances, sans trop lui construire de barrages ni d’y pratiquer la surpêche.  Ne pas trop laisser de place au passé qui ne peut être changé, ne pas trop me transporter dans l’avenir, parce que, tu sais, c’est fatiguant voyager dans le temps!  Laisser aller l’être aimer pour qu’il puisse mieux revenir.  Laisser aller ce que j’aime moins pour me concentrer sur ce qui me fais tripper.   Laisser aller les petits détails pour ne pas me perdre dans ses labyrinthes.  Laisser aller ce que je ne peux changer.  Laisser aller un peu les autres pour se mettre un peu plus au milieu de la scène de notre vie.

Elle enchaîna, coupant court à mon imagination qui était partie sur une lancée de laisser aller….

  • La dernière chose Nadz, et probablement la plus importante.

Elle inspira un grand souffle, son regard se perdit un instant dans une ère révolue mais certainement pas oublié à en voir l’illumination instantané de son visage.  Je savais ça allait être bon, juste au frisson qui me parcouru l’échine.

  • Nadz, le plus important, si tu as seulement une règle à suivre dans ta vie, l’essentiel c’est l’amour….

L’amour de soi, l’amour de l’autre, l’amour de qui on est, l’amour de la vie, l’amour, c’est beau l’amourrrrrr, mmmmrrrrouing, savoir se laisser aimer, aimer se lever le matin, aimer les petites choses anodines, savoir ouvrir son coeur au péril de se le faire écrabouiller et recommencer encore et encore sans avoir peur, écouter son coeur, s’aimer assez pour dire non, aimer le chocolat, aimer l’inconnu, aimer le quotidien, aimer sans rien attendre en retour, aimer amoureusement, amicalement, farouchement, intensément.

L’ami qu’elle attendait arriva, je le ressentis cet amour, dans les sourires de leurs yeux, dans les années qui se sont écoulées entre eux.  Je me fit discrète, me leva, lui laissa toute la place dans leur bulle ayant juste de la place pour deux. Je repartis d’un pas un peu plus léger, contente d’avoir pu partager un instant de petits bonheurs.

Mouah

Nadz

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