La secte des autres


Ceci est un texte que j’ai déjà publié dans mon blogue y’a de ça un bout de temps, je l’ai revisité et retravaillé pour le rendre plus actuel.  

Qu’est-ce que les autres vont penser? Cette phrase semble être utilisée couramment et peut-être que je me trompe mais plus la ville est petite et plus la population  »autre » est nombreuse.

J’vais pas sortir de la maison comme ça, qu’est-ce que les autres vont penser!

Ben là, fais pas ça, les autres vont rire de toi!

Dis pas ça devant les autres!

Fais pas ça comme ça, les autres font ça comme ça eux!

Ris pas trop fort, les autres sont là!

Vas pas faire une folle de toi au micro, les autres vont te juger!

Dérange pas les autres, parle pas plus fort que les autres,  regarde pas trop les autres, fais comme les autres, danse comme les autres, respire comme les autres, joue comme les autres, soit pas heureux si les autres sont tristes, soit pas tristes si les autres sont heureux, travaille comme les autres, fait des études comme les autres, paie tes bills comme les autres, marche droit comme les autres, oublie tes sentiments comme les autres, soit fort comme les autres, les autres ils l’ont, les autres sont forts, populaires, ont toujours raison, sont les meilleurs.

Qui sont les autres ?

Quand vient le temps où notre vie devient celle des autres? Quand le regard des autres devient si insistant qu’on se doit d’orner nos fenêtres de rideaux, de toujours coordonner nos vêtements afin de ne pas trop les vexer les autres, de ne pas sortir de la maison sans être maquillé, surtout ne pas oublier de se coiffer pour ne pas les décoiffer,  de ne pas dire trop fort ce que l’on pense tout bas?

Qui sont les autres ?

Et pourquoi sont-ils les hôtes de nos vies ?

Je suis encore à la recherche des « fameux autres ». Je croise à chaque jour le regard de plein de gens, parfois familiers, parfois inconnus, et j’y retiens presque mon souffle, au cas où se serait « l’autre ».

J’entre le ventre à l’intérieur, place mon dos droit, souris à pleines dents, leur fait des beaux yeux, un petit tata, fige, un instant, pour que l’autre, s’il en est un, me juge et si je suis vraiment vraiment chanceuse, m’accepte, tel qu’il veut que je suis.

Est-ce que l’autre me donnerait un autographe ?

Jme surprend à tenter de l’imaginer « l’autre ».  J’en fantasme dans mon 2 et demi mal éclairé, à l’abri des regards des autres, où j’y marche sur le bout des pieds tentant de voir où je vais avec le moins d’éclairage possible pour ne pas déranger l’autre possiblement déguisé en voisin.

C’est qui les autres ?

J’suis convaincue y’a un grand nez pour se le fourrer partout, des grandes oreilles pour tout entendre et surtout de grand yeux noirs malveillant et sans émotions qui scrutent les moindres faits et gestes des non-autres sans oublier une grande gueule pour tout aller raconter aux autres « autres ».

Ces autres autres, ça doit être un genre de secte secrète ça qui se rencontre à tous les lundis soirs dans un sous-bois au clair de lune leur tuniques sentant les boules à mîtes et ils chantent en cœur des hymnes accepté de tous en étant full maquillé, shapé, coiffé, pincé et robotisé. Y’en a pas un qui chante plus haut que l’autre et pas un qui bouge sans avoir l’approbation des autres autres.

Ça doit être plate

Ils y viennent tous et chacun en formation triangulaire taillé au centimètre carré armés de leurs gros carnets noirs en cuir afin de présenter à tour de rôle les condamnés de la semaine. Ceux qui ont osés être différents, qui n’ont pas marchés sur la ligne déjà toute tracée, qui ont dit non, qui ont dit oui, qui ont dit fuck you, qui ont sautés la clôture, qui ont dansé les mains tentant de toucher les étoiles, qui ont regardé dans les yeux, qui ont souris à des inconnus, ont osé gaucher leur ligne droite, crier les mots qui leur font peur, pleurer quand ils en est interdit, affiché leur vulnérabilité, accepter d’être tout entier.

J’aimerais bien, une seule fois, m’y faufiler, dans cette forêt de bois mort.  Je prendrais le piedestal enleverrai ma toge noire pour démontrer mes culottes rouge, mon chandail jaune, mes dents blanches et mes bas bleus et je les enverrais tous chier à pleins poumons avant de voler leurs calepins et de m’enfuir en prenant soin de courir en zigzag, de laisser les branches me décoiffer et la pluie ruiner mon maquillage.

J’exposerai enfin sur la place publique tous ces carnets d’un noir reluisant. Tous les non « autres » oseraient peut-être finalement sortir de leurs routines de terreur. Ils oublieraient peut-être même de se scruter dans le miroir avant de sortir tant l’occasion serait spéciale.

À trois, le compte à rebours serait terminé, et d’un seul grand coup, la première page de tous les calepins s’ouvrirait à l’unisson.

Gros « close up » sur la multitude de pages blanches.

Enfin les gens prendraient un grand souffle en réalisant que les « autres » n’ont jamais rien remarqués.

Ils retourneraient tous paisiblement à la maison, fermeraient leurs rideaux et continueraient à chuchoter.

Mouah

Nadz

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