Souriez pour la caméra


Une photo vaut milles mots.  Son sourire sur sa photo de graduation, un instant figé, pour souligner la fin des années scolaires.  Regarder mon beau visage comme il est encore sans rides, mon maquillage réussi, ma combinaison boucle d’oreille et collier savamment assortie.

Un sourire resplendissant, qui dit, regarde mes belles mèches, mon dernier brushing, mes ongles en gel … froid.

Le flash qui t’illumine le teint, te mets sur un piédestal, te fais croire, pendant un instant, que tu es la star.

Pourtant, ce sourire, pour une fois, il est vrai.

Vrai parce que dans les milles maux pour s’y rendre, tu vois finalement la fin d’un calvaire et c’est pour ça que tu souris.

Y’a pas grand monde qui sais qu’enfin, tu peux respirer en marchant dans les couloirs de l’école, parce que tu sais que tu n’auras plus jamais besoin d’y remettre les pieds.

C’est comme si un fardeau, lourd de douze trop longues années,  s’évaporait à chaque fois que le photographe appuyait sur la gâchette.

L’école forme la jeunesse, qu’il disait….

Entre les coups de poing reçus, gardant les tiens fermés pour ne pas t’abaisser à eux, les injures, brisant à chaque fois ta carapace fendue, les regards blessants et les profs qui te trouvaient trop en dehors des normes pour savoir comment  »traiter ton cas ».

Tu continuais à arpenter les couloirs, encore et encore, à talons bas, parce qu’à force de te faire rabaisser, les talons hauts te donnaient le vertige.

Y’a des jours, tu y rampais presque, à tes cours de math et d’anglais, mais tu t’y rendais, à bout de souffle, les mains moites, le coeur battant ne sachant pas qui rirait de toi en premier.  Qui aurait l’honneur de commencer le bal dans lequel tu n’étais jamais invité.

Ton regard longeait les craques du plancher, y’en avait 50 entre la salle de bain et ta salle de cours.   Tu les comptais et recomptais à chaque fois que tu t’y cachais pour aller y brailler un bon coup.

Parce que t’étais différente, parce que tu fittais pas parmi les autres, parce que même les grands te traitaient de petite.

C’est une esti de longue sentence, 12 ans.

Une chance que les repas étaient mangeables, quand tu avais le courage de rester dans l’arène pour dîner.  De servir de dessert à ceux qui n’en avait jamais assez de t’en faire manger.

Souvent té tombé, encore plus souvent, tu t’es relevé.  J’sais pas comment t’as fais.  J’sais pas si moi j’aurais pu y survivre.

Dis-toi qu’après ce calvaire, y’a plus grand chose qui te fera peur dans la vie.  Que de se faire rejeter, une fois, c’est déjà difficile, c’est déjà une fois de trop.  D’être différente, de ne pas trop comprendre pourquoi, mais juste d’être remise aux lions, again and again, sans trop broncher et en te répétant qu’un jour se serait fini.

Ça c’est du courage.

La tête haute, tu porte la toge, comme un costume de super héros.

J’ai vu ta photo de graduation passer l’autre jour, j’t’ai trouvé crissement belle.

Belle parce que ton sourire, pour moi, voulait dire que tu les avais tous battus à leur propre jeu. Un après l’autre, c’est comme si tu les regardais, à travers cette lentille photographique, pis tu leur disais silencieusement d’aller chier.

À travers ton sourire, loin d’être forcé, y’a un sentiment de victoire, de réussite.  Dans le coin de tes yeux, la brillance des larmes trop longtemps retenues peuvent enfin couler librement.

Tu t’essuies les yeux entre chaque pose, en disant au photographe que t’as de quoi dans l’oeil.  Personne n’a besoin de savoir ce que tu vis vraiment.

J’me dis que si t’as été assez forte pour survivre à ça, la vie pour toi ne peut être que belle à partir d’ici.

Pour toi, ma belle, qui gradue bientôt, j’te dis, MERCI!

 

Mouah

Nadz

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