Embaumeuse de rêves


Les rêves naissent pour faire de la peine.  En fait, ils ne devraient simplement pas exister.

Je déteste les rêves.

Me réveiller en sueur, le souffle court et me buter à la triste réalité.  Les rêves sont fait pour faire mal, physiquement, juste en dessous des côtes.   Ils respirent la trahison.

Je le sais bien que je suis différente, t’as pas besoin de me le dire, j’le vois bien, juste la façon dont je m’habille, je parle, je pense, même mon rire sort de l’ordinaire…

La différence fait pas souvent des enfants forts.

J’suis tannée d’arracher les ailes de mes papillons.  J’aurais dû être collectionneuse d’insectes morts, épinglés dans des boîtes de carton et tasser dans un fond de cave mal éclairée ou encore embaumeuse, pour figer les sourires narquois des gens malheureux et leur peinturer le visage d’un épais masque de bonheur inventé.

Je leur raconterai mes rêves, de toute façon, ils sont morts, tout comme eux.

Je serai embaumeuse de rêves.

De toute façon, j’ai déjà pas mal de pratique, mes heures de formation sont dans la poche gauche de mes vieilles culottes de cuirs trouées à force d’avoir trop essayé.

J’aurai mon petit bureau aux murs noircis pas la fumée de millions de cigarettes tétées à la chaîne.  La nicotine dégoûterait dans les coins du plancher, le dessus de mon pupitre serait capitonné, mon coeur aussi.  Il y aurait juste une ampoule nue comme éclairage qui se balancerait doucement de gauche à droite comme pour hypnotiser les derniers squelettes de rêves.

Soutien-gorge noir nuit, pieds nus.

J’porterais des gants en permanence, pour ne plus jamais toucher à la réalité.

J’te sourirais pas, de toute façon, t’en aurais plus envie.

Business is business

Y’aurait pas de caméra, y’a personne qui veut filmer ça, le désespoir, surtout pas sur grand écran.

J’te demanderais d’une voix rauque et d’un regard glauque, de remplir un formulaire d’emprisonnement des rêves, où y’a pas de limites à ce que tu peux flusher de ton système dégoût intérieur.  Plus t’écrirais, plus l’odeur rance de l’encre chauffée trop longtemps se mélangerait à celle des rats décomposés entre les planches du plancher.

On scellerait tout ça avec un échange de crachat dans un bucket déjà pas mal rempli. Quelques gouttes de ta bave se mélangerait doucement à celles des autres, osti le coeur me lèverait presque, s’il m’en resterait encore un.  Tes culottes sales se remplirait de ton érection perverse à l’idée d’enfin pouvoir tuer tes rêves.

Cochon

On déciderait ensemble de l’urne dans lequel les faire brûler.  Les tabarnacs!

Je lèverai le rideau rouge fripé de la petite scène à droite de la bibliothèque sale et remplie de journaux jaunis par les mauvaises nouvelles.   La poussière tourbillonnerait lentement pour se reposer sur nous.

Je déposerais délicatement le pot de rêves presque morts, au centre, prêt pour le show.  Je les sens bouger encore, suppliant de leur laisser une dernière chance.

Chuuuuuuut les rêves, vous n’allez rien ressentir du tout, peut-être juste un peu.

J’te demanderais de prendre place au fond, de te baisser les culottes si t’en a vraiment envie.

J’prendrais mon lance-flammes, celui avec une poignée en or, pour célébrer mon 500 ième client, m’allumerais une énième cigarette, juste pour rajouter au look badass et j’appuierais sur la gâchette.

Fuuuuuuck youuuuuu les rêves

Crisse, même le rideau rouge prendrait feu.  Les murs noirs, le pupitre crasseux, la chaise humide, je brûlerais tout.

Assis, gueule ouverte, tu ne saurais plus où regarder, mais tes mains s’affairaient rapidement.

On se ferait un feu de joie de rêves, sortez les marshmallow, t’as la saucisse.

Ton calvert en fumée, tes aspirations inspirées, le futur dégoûté d’être.

Jouissif sentiment de se sentir vivre à travers la mort.

Tu repartirais, le coeur vide, l’âme à vif, les jambes molles, avec tes cadavres de rêves calcinés sous le bras….

 

Nadz

 

 

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