Jesus Job


J’ai manqué le train y’a quelques semaines, depuis j’ère dans un monde où le temps n’existe guère.  Je me lève quand mon corps est repu de sommeil, je mange quand j’suis fatigué, je danse à moitié, je ris par politesse, je bois en vitesse.

La liste est longue quand y’a rien à y ajouter.

Les projets ne manquent pas, c’est la peur de ne pas choisir le bon qui m’inquiète.  Comment fait-on pour savoir quoi faire ? Vraiment ? Le luxe de pouvoir choisir est plus terrifiant que de se faire imposer les choses sans compromis.

Et en attendant je t’aime, et je stagne

J’ai le goût de partir, juste un instant, pour voir si je m’y retrouverai.  L’encre est ici, elle repose sur le bord de la mer, où mes poumons s’imprègnent de l’air marin libertin.  Mes voiles se gonflent de toi.

Je me rends compte que malgré tout, je suis là, pas besoin d’un emploi pour être soi.  Je n’ai besoin que des mots, d’amour, de grand air et de toi qui me regarde, parfois.  Le succès réside en nous, le succès ne se mesure pas juste en des sous.

Laisse-moi prendre une autre gorgée de toi, pour que je te goûte partout quand j’aurai une grande envie de folie.

……

Il faut que je vous raconte une petite anecdote.  Je crois beaucoup que si l’on veut vraiment l’écouter, souvent la vie nous chuchote à l’oreille.  Y’a une petite chapelle, dans mon petit coin de pays.  Bien loin d’être une croyante à succès, mais grande fan de lieux silencieux, je m’y aventure à l’occasion pour penser en paix.

Bref, dernièrement, je réfléchis plus qu’à l’ordinaire, alors j’ai pratiquement une passe de saison pour aller visiter le bon  »Djeu » et lui demander conseil.  Avec le compte en banque qui se sert la ceinture, c’est pas mal plus cheap que d’aller voir un psy.  Un petite prière récitée à la hâte sur le bout des lèvres et le bill est payé.

J’suis passée faire ma visite paroissiale y’a quelques jours.  Le temps était doux, les oiseaux au rendez-vous.  J’ai franchi les portes saintes en ayant une seule question en tête,

Christ, qu’est-ce que le crisse que je dois faire de ma vie ?

Pas que je pensais avoir une réponse claire nette et précise du genre :

Nadz, tu dois préparer ton CV en le tapant à du arial 12 simple interligne, aller le déposer à l’endroit X et attendre une réponse que tu recevras le septième jour quand le ciel s’ouvrira à toi et les nuages chanteront ton nom à l’unisson.  (dit avec une voix très grave ayant beaucoup d’écho)

Anyways, j’m’attendais à rien, mais vous savez comme moi, que même si on s’attend à rien on continue toujours à croire une petite miette.  Juste au cas où cette fois serait différente.  On passe notre temps à faire des affaires qu’on ne croit pas nécessairement, tout en conservant un espoir insensé.   Sinon les billets de loteries n’existeraient pas et les cennes noires non plus….euh.

Bref, je suis là, comme une conne, seule, debout à l’avant de l’hôtel, comme à toute les fois, j’sais pas trop ce que je fais là mais j’me dis ça peut pas faire de tort et j’ai pas encore prise en feu alors c’est déjà un excellent signe du destin.  J’hésite entre prendre mon dernier 4 piastres de trop de la semaine pour acheter un lampion ou juste écrire une petite note dans le livre de prières, parce que ça, c’est gratos.

J’m’approche en faisant craquer les vieilles lattes du plancher.  Je lis d’un coup d’oeil les notes des derniers jours écrites anonymement.  Il y en a des plus touchantes que d’autres, il y en a aussi qui sont bien plus doués en grammaire que d’autres.  Ça ne me tente pas vraiment de coucher mes lamentations sur papier aux côtés des désespoirs pas mal plus importants que mes pacotilles de crise pré-quarantaine.

Le syndrome de l’imposteur s’immisce au bout de mes doigts.

Qu’est-ce que j’fais là ?  Arrête de te poser milles et une question pis fonce tabarnac!

Oui mais qu’est-ce que j’veux faire comme job ?  Ça me prend tout de même une job dans la vie sti!

J’me décide à repartir pour prendre la porte, pas celle du paradis mais celle qui me retourne à ma piètre existence.  En me retournant distraitement pour m’élancer dans l’allée comme une femme qui court pour ne pas se marier, je m’accroche dans le lutrin qui tient fièrement la grosse bible bénite.  J’me retiens pour pas lancer un dernier sacre, et me penche pour saisir ma grosse orteil endolorie.

Je n’ai pas eu d’autre choix que de rire.  La bible était ouverte sur ceci

13645325_1080252888691153_8493885369654158646_n

Bah ouais, le livre de Job, moi qui m’en cherche justement une.

Esti!

 

Nadz

Publicités

Un commentaire Ajoutez le vôtre

  1. Aline dit :

    T es la meilleure blogueuse au monde! lol
    Tu me fais rire !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s