Nadz Gump


Je ne sais pas si vous êtes comme moi mais, le soir, j’me couche toujours avec les meilleures intentions du monde.  J’suis positive et pleine d’espoir pour le jour à venir. Souvent, j’ai l’habitude folle de me faire de petites listes de choses à faire pour le lendemain matin du genre :

Faire de l’exercice

Écrire

Passer à l’épicerie

Ne pas oublie de téléphoner une personne X (j’vous dévoilerai pas tous mes secrets quand même!)

Des listes complètement inutiles mais qui donnent un sens à mon positivisme.  J’me dis :

Yeah !  Demain va être super ! J’vais être en mesure d’accomplir un paquet de stuff et j’vais me sentir en pleine forme!

Et là j’me couche, et c’est là que la dérape commence…..

Une heure plus tard, je ne dors pas encore.  Il fait chaud, les draps me collent au corps, j’ai déjà faim pour déjeuner, les idées d’écriture me flottent en tête, je perds patience en me tapant sur les nerfs.

Bref, j’allume la lumière et j’me mets à lire, et lire, et lire, et lire, et lire.  En pensant à la crisse de liste qui se repose, elle, sur le comptoir de la cuisine, juste en dessous de ma chambre.  J’l’entends se moquer de moi, entre le toaster pis la cafetière.

Après une période trop longue de lecture pour une fille qui veut dormir.  J’me lève, fuck it, pis j’descends en bas allumer ma deuxième best friend nocturne après le livre, Miss tivi.

Parce que quand il faut prendre les grands moyens, y’a rien de mieux qu’un film plate pour te faire virer les yeux dans la graisse de bine.  Je m’installe, pas trop assise, juste assez couché, pour avoir le réflexe primal de me lever et partir me coucher aussitôt que j’en sens instantanément l’envie.  Et j’allume la boîte à rêve.

Et j’écoute, et j’écoute et j’écoute, les chats ronflent, le mari ronfle, j’suis quasi certaine que si je prendrais la peine de me lever pour ouvrir la fenêtre, que même tous mes voisins du quartier ronflent, la ville ronfle, la planète ronfle (en tous cas le même fuseau horaire).  Bref, colisse, j’peux pas encore dormir.  Je blâme ça sur le café de trop, l’once de sucre de trop, les pensées en trop, ah je le sais, j’ai pas fais assez d’exercice aujourd’hui!

J’me reprendrai demain, toujours demain.  J’me lève pour aller l’écrire sur ma liste de demain, qui est maintenant ma liste d’aujourd’hui, à l’heure qu’il est.  En traînant les pieds péniblement, j’écris, en dessous de ma liste déjà existante, faire de l’exercice.

Je remonte à l’étage, et me remets à la lecture, un espèce de sentiment croisé d’amour et de haine se développe envers mon livre.   Bon enfin tabarnac, finalement, je sens mes paupières qui veulent coopérer.  Esti, pas une seconde de moins, je laisse tomber mon livre sur le plancher, ferme la lumière et m’évanouie vers le pays des rêves.

J’en suis à la partie du rêve où finalement, après des tentations sans fin, je vais finalement pouvoir le déshabiller.  Vous savez le genre de rêve où on fantasme après quelqu’un, on le voit partout mais on ne peut l’attraper.  Bref, je l’ai pogné esti!!! Pis j’vais finalement pouvoir lui baisser les culottes quand….fuck c’est le matin!

Avec l’humidité estivale, et le mélange d’excitation nocturne, j’ai chaud en TA, et j’suis maintenant trop réveillé pour me rendormir et poursuivre le chapitre 2 de mon Fifty.

Faque j’me lève, j’descend en bas, pis là j’vois la crisse de liste.  Elle me donne envie de boire, mais j’vais me contenter d’un café noir.  En ajoutant le sucre, j’y jette un coup d’oeil rapide avant de la jeter au recyclage (parce qu’à se recycle la colisse, ce soir, c’est certain que l’envie d’en faire une autre va me prendre par derrière).

Bah oui, j’ai écris faire de l’exercice, pas une mais deux fois.  Le sentiment de culpabilité s’installe confortablement entre mes deux oreilles.  Comme dans un gros lazy boy cheap.  Ça fait un bout que la balance stagne, et ça m’aiderait incontestablement à dormir ce soir au lieu de rôder dans la maisonnée à la recherche de Morphé.

Je cherche ma brassière sport partout dans la maison avec une toast dans la bouche.  Je rumine mes émotions.  D’un côté j’suis fière d’aller m’entraîner, et de l’autre, esti que j’aurais dû rester couché !  Ah la Nadz, la jongleuse professionnelle du paradoxe émotionnel.

Finalement, me voilà à cheval sur mon vélo.  Je pars à l’aventure, j’ai un objectif de destination en tête, juste assez proche pour ne pas paniquer et juste assez loin pour m’exaspérer.  Il fait beau, j’ai le vent dans les cheveux et presque le sourire aux lèvres.

Et je pédale,

pédale

pédale

pédale

pédale

J’me sens comme une sportive, une vraie, avec ma brassière sport, mes espadrilles fluorescents et mon semblant d’enthousiasme.  J’me sens comme une grosse torche avec ma sueur partout, mon souffle court et mes muscles en dessous du mou.

Je me rends de peine et misère à destination, la beauté de rouler en ligne droite c’est qu’un moment donné va falloir rebrousser chemin, et c’est LÀ, qu’on distingue les fous des pas fins.  L’humidex est sur le party et mon corps en décomposition avancée.

Pas certaine, si l’enseigne jaune et verte que je distingue au loin est un mirage, je décide de m’y arrêter.  J’suis au dollarama, le paradis d’la piastre et des cochonneries Made in China.  J’ère entre les allées en inspirant l’air conditionnée à pleines pelletées.  J’pense c’est un peu ça, apprécier les petits bonheurs de la vie.  Quand je croyais tout espoir perdus, un magasin à surface est venue m’abreuver d’espoir.

J’suis ici pour m’acheter une bouteille d’eau mais je tangue désespérément vers le rayon des barres de chocolat.   Mes poches ne contiennent pas assez de monnaies pour acheter les deux et j’vous jure que pendant une fraction de seconde j’ai sérieusement pensé aller boire l’eau du robinet des toilettes juste pour pouvoir me payer une kit-kat.  J’ai définitivement un problème!

J’sors du paradis et m’échoue sur un banc, pis je bois mon eau dorée en pensant à rien. Oui, vous avez bien lu, en pensant à RIEN.  Vous savez, le corps, peut juste en prendre jusqu’à un certain point, et le mien en était à gérer ses réserves d’énergies.  Pour se faire, y’a pas eu le choix de placer le cerveau en mode veille.  Juste assez alerte pour les besoins essentiels mais pas assez performant pour penser aux niaiseries habituelles.

Tandis que j’suis juste là, les yeux dans le vide et les babines dans l’eau, une femme octogénaire s’assoie à mes côtés.  Elle semble franchement plus en forme que moi dans cet instant de misère physique.  Maquillée, parfumée, endimanchée en ce lundi de fin de matinée, elle se mets à me parler comme si nous étions des amies de longues dates.  J’adore ces moments volés tout à fait inattendus et la vie me gâte beaucoup dernièrement en m’en envoyant plus souvent qu’autrement.   Je m’installe, en craquant de partout, pour l’écouter confortablement et ne pas trop l’importuné avec mon parfum salé.

Dans ses moments de volupté, j’écoute avec tout mon être, car y’a pas de hasard et y’a jamais de mauvaises histoires.  Madame Anne (j’viens de la baptiser comme ça, elle revenait de la neuvaine de la Sainte-Anne) commence son récit.

  • Allo, j’m’assis ici en attendant mon amie de femme qui est à la toilette.  

Déjà, j’étais conquise.  Ses yeux pétillants, son visage bienveillant et la sagesse de ses années me charmaient bien plus que l’autre avec les culottes baissées dans mon rêve de la nuit passée.

Elle continue son récit, comme si je suis son public invisible, comme si je n’existe pas vraiment.  Je ne comprends pas la facilité de ses confessions mais j’imagine qu’elle avait besoin d’une oreille autre que celle de monsieur le curé.  Une oreille de femme qui passera peut-être par là.  Une oreille en sueur qui s’est retrouvée là entre deux eaux.

  • Ouais, moi ça fait longtemps que j’vais à la neuvaine, j’y vais avec mon amie de femme parce que j’suis veuve et elle aussi.  Ça fait 10 ans que je suis veuve.  

Ne sachant pas trop quoi lui répondre, mais voulant tout de même lui démontrer un quelconque intérêt, je lui glisse avec un sourire compatissant :

  • Wow, 10 ans, le temps passe vite !

Non mais Nadz, ta yeule, qu’est-ce que t’en sais d’être veuve, qu’est-ce que tu connais du passage du temps.  Le genre de riposte que tu regrettes avoir dis aussitôt qu’elle à déjà franchie le mur du son.

Heureusement, elle ne semble pas avoir entendue, trop perdue dans ses souvenirs.  J’le vois dans son regard qu’elle n’est pas vraiment assise à côté de moi, mais sûrement couché à côté de lui.

  • J’m’étais fais un p’tit chum, y’a pas trop longtemps mais j’l’ai laissé, y’étais trop jaloux.  Pis en tous cas, il reste maintenant ailleurs et il s’en est faite une autre.   Pis il s’était faite opéré de la prostate pis toute.  Mais y’étais trop jaloux pour moi.  

 

Et là, plusieurs constats s’entrechoquent dans ma petite tête de trentenaire.  La jalousie existe à tout âge, l’amour aussi, le désire de partager sa vie, l’échange de couple ou de partenaire, le besoin de faire l’amour.  Parce que j’ai bien vu la déception dans ses paroles quand elle parlait de sa prostate opérée.  Bref, peu importe l’âge, on vit tous la même crisse d’affaire.  Je suis fascinée, moi qui croyait que ça s’améliorait avec le temps.

  • Faque là, j’me cherche quelqu’un.  J’aimerais ben ça avoir quelqu’un pour jaser, mais pas juste jaser.  (petit rire complice)  

Ah Madame Anne, j’vous aimes déjà beaucoup trop, même si ça fait juste quelques minutes qu’on parle.  Une vraie discussion entre femmes, sans aucunes retenues.  J’me dis, si ça continue comme ça, elle va me demander comment faire ça avec un p’tit jeune dans les années 2000 et on va comparer nos histoires de pénis.  Ouiiiiiiiii!

(Ok Nadz, calme-toé!)

  • J’demande pas grand chose, j’en veux un qui est propre de sa personne et qui se ramasse.  

Ah wow!  Ma chère Anne, tu me sors les mots de la bouche.  Pourquoi on se complique la vie à vouloir des hommes (ou des femmes) avec une liste de critères longue à n’en plus finir.  La beauté, la forme physique, l’argent, le statut même la dureté, ça s’estompe avec les années.  Ce qui reste, toujours, c’est les fous rires, la joie de vivre, la complicité, les histoires partagées, l’électricité qui passe entres deux corps imparfaits.

  • J’trouve ça long toute seule, surtout depuis que j’peux plus conduire et que j’ai perdu mon char.  

J’suis tellement émue que j’prends une autre gorgée avant de me mettre à brailler.  J’vois du coin de l’oeil que son  »amie de femme » sort des toilettes.  Je me lève, lui offre mon plus beau sourire, si je ne me retiendrais pas, j’lui ferais une grosse accolade.  C’est un genre de moment surréel qui se produit quand tu t’y attends le moins.  Une étincelle dans le temps d’un instant.  J’sais que je suis chanceuse d’avoir partager le banc à ses côtés.  J’sais aussi que les chances de la recroiser sont minces.  J’ai l’impression d’avoir jasé avec une amie d’une autre vie.

Je replace mon casque de vélo, elle me regarde en riant de moi, parce que ouais, il ne me va pas trop bien mais bon, tant qu’à se péter le crâne sur le coin du trottoir, j’aime autant mieux faire chier.  Je repars d’un pas de cow-boy magané vers mon vieux vélo désabusé.

Ce soir, j’m’inventerai une autre liste, de choses banales à ne pas oublier, de tâches plates à effectuer, pour me rappeler que le temps passe, un peu, tout le temps. Faut se faire des listes d’envies dans la vie.  Je suffoquerai entre mes draps, en rêvant d’un autre beau gars, les culottes en bas, et j’entendrai Anne me dire, que la vie ça passe vite et qu’un gars propre et jasant ça bat tous les gros pénis sans conviction.

Mouah

Nadz

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2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Haha merci! Et au plaisir de te divertir avec les histoires 🙂

  2. Julie dit :

    Hahaha! J’ai SAVOURÉ celui-ci :)! Et je me suis reconnue pas mal dans la faiseuse de liste (insomnie en moins, rêve qui finit dans le mauvais temps en plus) … tu me donnes envie d’embarquer sur mon becyc’!

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