Décollage amoureux


J’suis fière de moi, il est présentement 6h23 des petites heures matinales, et j’suis assise devant mon écran et j’écris.  Pourtant, je suis congé depuis le début juin, on est en septembre, et c’est une des rare fois où je me suis levé tôt pour écrire.  Parce que, voyez-vous, écrire pour moi se rapproche probablement de l’équivalence d’aller au gym pour d’autre.  C’est la première chose qui me vient en tête le matin, la dernière chose que je me promets le soir.  Si par malheur (ou par simple lâcheté, ou procrastination intense), je n’attrape pas mes mots au passage le matin, j’y songe toute la journée et j’me rabaisse en m’envoyant des gifles cérébrales.

Pourquoi t’as pas écris ?  T’en avais pourtant envie !  C’est quoi l’idée de gaspiller l’inspiration comme ça ! Peu importe ce que j’fais par la suite, j’me dis que j’aurais pu prendre la peine d’écrire.  Anyways, c’est mon petit côté sadique qui s’aime pas mais qui s’aime pareil.

Alors j’suis ici, le soleil se lève, et non seulement j’prends le temps de me vider le cerveau sur l’écran blanc, je vais aussi, mesdames et messieurs, prendre la peine de me chausser d’espadrilles, juste après ceci et aller marcher quelques kilomètres à la lueur de cette nouvelle journée.  Arrêtez-moi quelqu’un!

Le temps passe, j’écoute cette musique proposée par un ami, et j’me vois encore sur cette piste de danse y’a 20 ans de ça.  J’me trouvais trop maigre, maladroite, en amour avec un gars qui ne savait pas que j’existais, pis je dansais en me disant, un jour il va me remarquer.  Fast forward deux décennies, j’me trouve trop grosse, maladroite, et j’ai un gros béguin pour un gars qui ne me voit même pas, bref, la vie continue mais se ressemble.

Plus j’écris et plus je me rends compte que les personnes plus âgées m’inspirent.   Mes histoires semblent souvent converger vers leurs histoires.  Encore cette semaine, aux petites heures, j’étais assise, un petit brin en état d’ébriété avancé, dans un bar d’hôtel d’aéroport.  Trois femmes prenaient place à la table à côté.  Trois belles femmes mûres, pour qui la vie à dévoilée un peu plus de secrets qu’elle m’en a chuchotée du haut de mes talons trentenaires.

Elles parlaient de leurs maris respectifs.  On fait tous ça, peu importe l’âge, parler de l’amour.  C’est LE sujet prédominant sur la planète.  L’amourrrrr c’est l’essence même de notre raison d’être.  On aime quelqu’un, on tombe en amour, on aimerait qu’une certaine personne nous aime en retour.

Bref, sans vraiment le vouloir, leurs voix s’élevaient entre les verres de vin.  L’alcool à le pouvoir de nous munir de porte-voix et d’oreilles de crisse.  Elle à aussi le pouvoir de nous faire enlever notre linge, nous faire chanter comme Céline Dion, danser comme des guedailles exotiques et propulse les déclarations d’amour envers tout ce qui bouge ou bouge pas fort.

Je pense, qu’avec les années, les discussions s’éloignent des affaires farfelues et se rapprochent indubitablement des corps.  Parce que voyez-vous, le temps doit presser, et parler du beau temps c’est redondant quand on peut parler des défauts de carrosserie.   Les filles dans la vingtaine, ça jase de maquillage, de coiffure, de souliers, de pénis bandés pis de choses à manger.  Les femmes dans l’âge avancée, ça parle de leur corps mais d’une façon plus médicale et moins futile.  C’est pas mêlant, y’a rien comme 70 ans dans le même corps pour te faire connaître tous les maux, les possibles recalls, et les médicaments digne des plus grands cartels.

Bref, elle parlaient de leurs maris, de leurs constipations constantes, menstruations inexistantes, médications hallucinantes.

La plus cool d’la gang s’esclaffe, verre d’une drink fancy à la main, en disant aux autres.

  • Well girls, were stuck with all the words finishing with  »tion » now.  Constipation, medication, but hey, i’m still young, and its not over till its over so let’s partaaaay!!!

Elles m’ont données le goût de vieillir en beauté.  On s’entends que tout s’affaisse, que les cheveux gris poussent, certaines choses redescendent et d’autres montent moins souvent, y’a des parties qui s’étirent plus vraiment, d’autres qui n’en finissent plus de s’étirer, ça craque, ça grince, ça gargouille.

C’est en étant témoin de cette réunion impromptue de girls, que j’ai souri un petit sourire en coin sexy (j’me trouvais ben sexy avec ma demi douzaine de verre de vin local sous ma brassière).  Le vieux crisse au bar aussi semblait me trouver sexy.  Il ne remarquait même pas les belles femmes mûres, drôles et avec des décennies d’expériences sexuelles de plus que moi.  J’en étais presque révolté.

Le dernier vol venait d’arriver, le jeune pilote se posait à l’hôtel pour la nuit avant de s’envoyer en l’air à nouveau le lendemain.  Accoudé au comptoir de la réception, ses fesses bien moulées, le dos droit et la mâchoire carrée, il attendait sa clé.  J’vous épargne, les détails de mes pensées à ce moment, mais bref, les femmes à mes côtés se sont mises à le scruter comme le morceau de viande qu’il était.

J’me suis dise que la beauté c’est la beauté, peu importe l’âge, on y sera toujours attiré.  J’ai souris au pépé assis le plus droite qu’il pouvait encore sur la chaise haute du bar qui lui regardait maintenant les femmes qui regardaient la belle jeunesse piloteuse.

J’ai prise ma carte de chambre, effleuré Monsieur gros avion en passant et j’suis monté attendre mon décollage.

 

Mouah

Nadz

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